biographies

contacts

spectacles

autres activités

ici même, Frédéric Valabrègue, Le cercle nautique de Pékin, 2005

Martine Pisani reste fidèle à des options modernistes. Bien sûr, le mot est galvaudé. Nous laisserons à Jean-Christophe Bailly le soin de le préciser : "moderne, proprement moderne sera pour nous le mode de ce qui excède l’air du temps, le mode de l’échappée ; soit ce travail de frange qui s’effectue toujours vers l’avant, décidant de l’ici, de l’ici même comme d’un écart. La passion de l’écart, en tant que mode ouvert à la venue, tel est le moderne". Contrairement à ce qui nous est dit partout, beaucoup reste à faire. A t’on suffisamment observé ce que dévoile le simple fait de bouger ? Bouger, c’est déjà danser. La seule conscience de bouger change toute la matière du mouvement. Il ne s’agit pas de se regarder bouger comme on s’écoute parler mais d’amener à un niveau d’apparition suffisant ce qui est à peine esquissé par un corps. Son oscillation, par exemple. Je me tiens debout et j’oscille doucement. La danse commence avec l’élémentaire. Les modernes ont toujours à faire à l’élémentaire, c’est à dire, à une redécouverte des fondements d’une pratique. Celle-ci ne se propose pas de but ni d’ailleurs, encore moins une fonction. Le travail montre le travail ou plutôt les rouages de la machine chargée d’attraper entre ses mailles un instant qui la dépasse. La véritable histoire d’une danse de Martine Pisani, c’est de montrer ce qui la rend possible, comment elle circule dans la limite des règles d’un jeu. Pour qu’il y ait un ici-même, il faut désigner un territoire.

Dès sa première pièce chorégraphique, en 1986, à la Ménagerie de Verre, un duo dansé avec Sabine Macher, et titré Deux Femmes courant sur la plage, reprenant l’image arrêtée d’une gouache de Picasso, elle a privilégié un ensemble de rapports, ceux des danseurs entre eux, ceux des danseurs et du public et ceux des danseurs et du public avec le lieu même de l’événement. On peut penser au mot américain d’ "event" ou de "performance", à ce qui s’est passé à la Judson Church autour d’Yvonne Rainer et de David Gordon. Ce qui advient, ce qu’on va s’attacher à faire advenir. La scène n’est pas différente du studio, elle est le studio. Le public n’est pas sollicité – il n’y a pas ce genre de démagogie – mais englobé. Il ne représente pas un autre monde, une autre sphère. Il est partie prenante de ce qui s’actualise devant lui.

J’ai souvent lu la plupart des titres des danses de Martine Pisani : l’air d’aller, là où nous sommes et aujourd’hui Slow down comme ces indications ouvrant les partitions musicales ou ces parenthèses des auteurs dramatiques cherchant à donner aux comédiens une impulsion de jeu. Les titres suggèrent un tempo qui est aussi un état. L’abandon, par exemple, je m’abandonne, c’est un tempo et un état. Je fais du sur-place, ce serait là où nous sommes avec, pour le souligner, la récitation du Nénuphar blanc de Mallarmé ("J’avais beaucoup ramé…"). La première recherche porte sur ce qui impulse le mouvement et serait comme son intériorité. Si ça n’a rien à voir avec le mime, c’est que cet état n’est pas illustré. Il ne se traduit pas en gestes qui feraient signes. Il ne s’agit pas de styliser mais de suivre une impulsion de son amorce à sa dilution. Cette danse n’arrête rien au stade du signe parce qu’elle est en extension continue.

Depuis ses premières pièces, Martine Pisani travaille avec des danseurs qui ne sont pas des spécialistes. Comme le cinéaste Robert Bresson oppose le "modèle" à l’acteur, elle cherche des gens suffisamment mobiles pour se laisser "sculpter", pas par la lumière, comme chez le cinéaste, mais par l’improvisation. Ses non-danseurs sont choisis par rapport à une qualité de présence dont le travail d’improvisation révèle la singularité. Il n’est pas tout à fait exact de parler de personnages – quoiqu’une diversité et une complémentarité entre eux soient souhaitées. Ce sont nos proches, des anonymes dont les caractéristiques sont à peine accentuées. C’est chez eux que la chorégraphe puise tout un ensemble de gestes liminaires et superflus dont une certaine idéologie du corps voudrait nous débarrasser. Martine Pisani ne travaille pas en épurant mais en collectionnant et en redessinant tout ce qui, dans la gestuelle, aurait le statut de déchets ou de chutes. Pour mettre en valeur la présence d’un être et en faire résonner la matière, elle dissocie la gestuelle qui lui est propre de toute finalité prévisible. Elle la déplace. C’est en la déplaçant qu’elle la met en valeur.

bonus 1

bonus 2

suite...

Slow down

bonus

historique -

presse -

images -

texte -

calendrier

cie martine pisani

français

english